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Guide pratique du tourisme équestre en Alsace

Guide pratique du tourisme équestre en Alsace 2017
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Observatoire socio-économique du tourisme équestre en Alsace

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Carte des circuits de randonnée équestre en Alsace:

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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°39

du 15 février au 7 mars

-     Samedi 15 février

 

Les derniers kilomètres avant la frontière…tournent au drame ; le temps d’une petite pause cacahuètes, Umaïna se frotte à « je ne sais quoi » d’urticant.

Je ne le réalise qu’au bout d’une quinzaine de minutes en voyant gonfler considérablement toute la face gauche de sa tête ! L’œil se ferme et sa bouche pend laidement. De plus, Hari boite alors qu’il n’y a rien sous sa patte. Tout cela me mets sur les nerfs ; je n’ai plus de patience avec ma mère ni avec le mal de crane de Marlène, je marche la bouche serrée et les sourcils froncés.

Nous mangeons au bord d’une route passante à l’entrée d’Ayamonte. Tout le monde sauf Marc est sous tension, soudain l’attitude de Philou ajoute un caractère alarmant à la situation : il est couché, ne broute pas et lorsqu’on le relève il maintient la tête basse. Bien sûr il leur arrive de se coucher lors des pauses mais seulement lors d’étape bien plus éprouvantes que celles-ci ! Il n’a pas de température et ne cherche pas à se recoucher. Nous décidons d’attendre en restant vigilants.

Nous passerons donc le fleuve qui fait office de frontière…en ferry !

Un dernier petit café ensemble avant d’embarquer, une dernière étreinte avant de longs mois car ma mère s’en retourne à Séville pour prendre l’avion.

Les chevaux grimpent sur le bateau avec bien plus de facilité que nous imaginions, même le moyen de transport ne les rassure pas du tout. Tout le monde s’étonne de la situation, même le vendeur au guichet souhaite prendre une photo à nos côtés.

Dans les grands signes de mains en guise d’au-revoir s’en vont toutes nos tensions ; on abandonne le scénario catastrophe sur une berge et on apprivoise l’allégresse sur celle d’en face.

PORTUGAL l’équipe chavire d’euphorie sur le bateau qui nous y mène.

Les gens sont bavards et souriants, nous prenons un verre avec des français retraités venus passer l’hiver au soleil.

C’est la dernière heure que nous passons en compagnie de notre cher Marco ! Nous bouillons d’amour et l’idée de briser l’unité familiale nous remue les entrailles… mais il nous quitte pour Los Angeles pour vivre aux Etats-Unis son plus grand rêve de voyage !

Cet inconnu rencontré dans une rue de Séville est devenu le frère que nous voyons disparaître dans le bus qui le mènera à Lisbonne…

Nous laissons la surveillance de la sage caravane à Benoit le temps d’une petite excursion pour dénicher des cartes. En pleine conversation espagnole avec le type de l’office du tourisme je me dis que cette langue va me manquer…je m’y sens si à l’aise à présent !

Sortir de la ville à la tombée de la nuit aurait pu devenir une vraie galère mais comme par miracle nous trouvons rapidement un espace herbeux et retiré au bord d’un lac. Les émotions si intenses et si contraires de la journée nous plongent dans un drôle d’état, à la fois embrumé et délirant. Ce soir nous sommes trois guerriers en terre inconnue.

 

 

-     Dimanche 16 février

 

Douce matinée où on se prend le temps de laver le linge et parer deux sabots. Encore une fois cette sensation que TOUT EST DIFFERENT !

Nous avançons sous un ciel parfaitement bleu, à Castro Harim les gens assis en terrasse nous sourient… un agréable dimanche de printemps. Tout est vert et densément fleuri, l’herbe grasse s’étend à l’horizon parsemé de cours d’eau.

Nous ne pouvons résister à la tentation d’une baignade dans l’un de ces jolis lacs aux creux des collines. Nous attachons rapidement la troupe à un arbre, hop ! Quelques brasses, on se rhabille et c’est reparti !

Le paysage est de plus en plus vallonné, nos cartes sont trop peu précises pour s’y repérer ; nous avançons au flaire… lorsque nous demandons notre chemin aux autochtones le dialogue est truffé d’incompréhensions.

Lorsque nous commençons à décharger les animaux au sommet d’une charmante colline, un homme au regard puissant nous explique que son étalon est en liberté dans le coin ! Il se montre malgré tout convivial et nous conseille de nous installer sur son terrain mais plus loin au bord d’un ruisseau. Il charge Benoit d’une garnison d’oranges et de clémentines de son jardin et nous souhaite une bonne nuit avec un large sourire.

Cette fois notre langage « portugespagnolofrancisé » nous permet d’alimenter une conversation convenable.

Le bivouac est magique, l’énorme lune tombe au crépuscule accompagnée du chant des grillons. Je grimpe dans un arbre tandis que Benoit s’égare dans les buissons clarinette au bec. Nous sommes rassurés à l’idée que l’étalon en question est entouré de 7 juments ; il n’a donc aucune raison de venir réclamer les nôtres.

 

 

-     Lundi 17 février

 

Nous repartons boussole à la main et prêts à…tourner longuement en rond ! Des petites routes goudronnées serpentent dans tous les sens et finissent parfois en cul de sac.

Une petite baraque en ruine cache quelques merveilles : une grande malle avec des pages arrachées d’un livre portugais ainsi que quelques antiques ustensiles…

Les explorateurs ont découvert un trésor abandonné ! Nous arrêtons une voiture pour que la personne nous renseigne sur la direction à prendre. La jeune femme parle français et nous explique que des français un peu « locos » (fous) vivent dans le coin. Le nom du lieu : TERRAMAOA nous inspire.

A midi éclatent les règlements de compte entre mes deux coéquipiers car leurs rapports sont aussi forts qu’instables…

Nous finissons tout de même par dénicher ce petit coin de paradis, à l’aube d’un éco village. En descendant le petit sentier d’accès nous apercevons un tipi, puis un homme au jardin, grand, mince, barbu et cheveux longs. Nous rions du cliché ! Michel est comme par hasard ariégeois !

Il nous présente à Guy et Geneviève installés ici depuis 25 ans. Très vite les sujets de conversation se rapportent à ceux que nous traitions ces derniers jours puisque les évènements et les rencontres se placent sur ton chemin au moment où cela est nécessaire pour te faire évoluer sur la voie.

Leur quête spirituelle rejoint la nôtre en bien des points ; Marlène et moi allons nager dans le lac avant que les derniers rayons du soleil ne disparaissent derrière les collines. Je suis prise de panique au beau milieu de l’eau et reviens suffocante vers la berge. Cette angoisse-là n’est pas encore domptée…

Nous mettons du temps à nous réchauffer puisque les soirées sont encore très fraiches et conversons auprès de nos hôtes enroulées dans une couverture.

Deux autres ariégeois débarquent ! Eux aussi se sont momentanément penchés sur l’idée d’une alimentation pratique. Eh oui, il existe des êtres à haut niveau de perception sensorielle et extra-sensorielle qui se passent de nourriture pour ne manger…que du soleil !

Lors de la préparation du repas nous sympathisons immédiatement avec nos deux ariégeois voyageurs et de passage pour la soirée. Nous dînons ensuite tous ensemble et les débats concernent particulièrement l’alimentation, le bien-être physique et moral, tout en creusant cette question novatrice du prana…

Marlène est complètement emballée, voir excessivement persuadée d’avoir accès à ces ressentis-là.

 

 

 

 

-     Mardi 18 février

 

Terramaoa est une sorte de jardin d’Eden, cette atmosphère paisible nous transcende, chacun se promène à sa guise, voguant à ses occupations ou non-occupations.

Les chevaux nettoient les bords des chemins, tous les quatre attachés pour ne pas risquer de piétiner l’indispensable jardin en permaculture et les nombreux abords récemment plantés.

Je fais une sieste au soleil avec Umaïna, je m’allonge près d’elle sans la toucher ni la troubler. Elle finit par reposer sa tête sur mon ventre ; cette harmonie parfaite me bouleverse jusqu’aux larmes. Le ciel bleu, le vent dans les feuilles, le chant des oiseaux et le souffle endormi de ces animaux qui me fascinent. Cet instant me rappelle à quel point je les aime pour ce qu’ils sont, au-delà de tout attribut anthropomorphique qu’on a tendance à leur conférer. Nous faussons leurs émotions et leurs comportements en leur donnant des caractères humains. Je les aime sans raison ni jugement, je les aime pour ce qu’ils sont.

Je grimpe ensuite dans un arbre et y reste perchée le temps d’écrire quelques lettres en contemplant l’horizon.

Pendant ce temps, Benoit accompagne Michel dans ses travaux, pose des pierres pour édifier un muret, récolte de la verveine et ramasse les crottins. Marlène gambade dans le domaine et goûte aux plantes qu’elle ramasse.

Benoit explose de rire en découvrant son amie de l’argile plein la bouche pour atténuer l’inflammation provoquée par une herbe inconnue… je finis quand même par m’affairer à toutes sortes de coutures et d’améliorations.

Nous sommes tous les trois superbement heureux d’errer en cet endroit et de dormir dans un charmant tipi en terre.

 

 

-     Mercredi 19 février

 

Encore une journée à flâner, discuter et arranger quelques affaires. En fin d’après-midi Benoit et moi osons la froide baignade, je me concentre sur une respiration ventrale longue et profonde pour contrer la menace de l’angoisse. Je parviens à effectuer un long aller-retour sans céder au stress ! Victoire ! Benoit commence à réaliser que la nature rivalise avec les plus chics salles de bains.

En début de soirée, Guy nous emmène à Villareal pour récupérer ma fidèle Elsa et Pauline qui ont décidé de faire sauter une semaine de cours pour nous rejoindre à des kilomètres de l’Alsace et parcourir les chemins.

Nous les recevons joyeusement mais notre enthousiasme ne surmontera pas la fatigue d’une journée de transport…

Une petite séance transmission de courrier des amis nous mettent le cœur dans tous ses états ! Quelle chance d’être entourés de gens si formidables !

 

 

-     Jeudi 20 février

 

Nous laissons trainer la matinée pour que les filles savourent le lieu. Au moment de remballer Marlène me dit avoir mal à la tête et préfère se reposer d’avantage. Nous concluons donc que la caravane avancera quelques jours sans elle et nous donnons rendez-vous à Loulé.

« N’oublie pas de garder les deux pieds sur la terre » « dessine-moi une encre sur le bras ça m’aidera à m’encrer » eh la saluant au loin d’un geste de la main je suis prise d’angoisses. Je tenais à respecter son choix apparemment prit avec lucidité mais jusqu’où pourrait-elle décoller si plus aucune responsabilité ne la rattache à la réalité immédiate, si nous ne sommes plus là pour tempérer ses délires ?

Elsa est ravie de prendre la route, c’est la troisième fois qu’elle rejoint la caravane mais cette-fois ci pour s’y intégrer dans un rythme de nomade. On aura partagé des moments bien différents entre le spectacle ambulant, les fêtes de fin d’année et aujourd’hui la découverte des sentiers portugais.

Pauline qui n’a jamais vraiment eu de contact avec les chevaux est distinct à l’aise avec nos vieux routards. Elle mène Philou et Pequeno sans encombre.

Nous bivouaquons dans un petit coin de paradis où coule un ruisseau. Autour du feu Benoit et Elsa improvisent un chouette duo clarinette/ukulélé ! C’est si bon d’avoir les amis auprès de soi.

Alors qu’il fait déjà nuit, Philibert fugue en solo d’un pas décidé… quelle idée a-t-elle put l’y pousser ?

 

 

-     Vendredi 21 février

 

Nous choisissons nos chemins à la boussole, les environs sont parfaitement sauvages et la vue par-delà les collines magnifique. Benoit apprend à seller et me seconder dans l’entretien des animaux, les filles mènent l’équipe en marchant ou bien se mettent en selle.

Fennec fait un transfert affectif sur moi en l’absence de sa maîtresse.

Pauline et Elsa sont toutes chamboulées du changement de rythme de vie, nous dormons sous un olivier et les chevaux défrichent un vieux terrain. Toute la nuit Dalù aboie pour le moindre mouvement de canasson !

 

 

-     Samedi 22 février

 

Encore une très belle journée avec de la chaleur sur nos corps et dans nos cœurs. Des petits ruisseaux serpentent dans tous les coins et la végétation accueille les premières fleurs du printemps. Je me sens aventurière de tous les temps dans cet environnement déconcertant !

Nous découvrons une large bande d’herbe louée au creux d’une vallée magique. Tout le monde se réjouit de la douche froide puis se précipite autour du feu. S’abreuver au lait des choses simples. En vraies guerrières nous scions de gros troncs d’arbre pour alimenter le feu, le travail en lui-même est déjà une bonne source de chaleur.

 

 

-     Dimanche 23 février

 

Les violons tziganes rythment joyeusement les activités matinales. Lorsque nous débouchons sur un cul de sac nous optons pour du hors-piste pour rejoindre un chemin en contre-bas, les caisses de bâts arrachent volontiers les restes d’arbustes calcinés qui encombrent notre avancée.

Un hollandais passe en voiture et nous invite à prendre le casse-croûte et café chez lui quelques centaines de mètres plus loin. Lui et sa femme nous gâtent comme des petits rois, nous irons même jusqu’à manger du gâteau les fesses dans un fauteuil.

Pour les remercier de leur hospitalité et converser d’un langage universel, Benoit et Elsa accordent leurs instruments et osent l’improvisation. Le charmant couple devient sauveur lorsqu’il propose à Pauline et Elsa de les emmener mardi au bus de Loulé peu importe où nous bivouaquerons ce jour-là ! Nous repartons même avec une vraie carte où les chemins existent !

Un petit papi venu pour me réprimander quant à la présence des chevaux à proximité de son champ de patates s’avère ravi de bavarder avec mon « portugnol ! » Nous nous quittons avec une sincère étreinte.

En fin de journée quelques gouttes nous impulsent vivement pour installer le campement. Nous trouvons refuge dans une jolie bergerie, les chevaux se régalent d’une herbe grasse et abondante tandis que la vie vous offre un paysage exceptionnel. Les trois nanas vont se laver à l’aise dans la rivière enchanteresse avant le crépuscule. Benoit s’y rendra aussi, avec cette-fois la véritable joie du bain sauvage !

Elsa écrit une chanson en l’honneur de ces quelques jours d’errance.

 

 

 

 

-     Lundi 24 février

 

Nos deux cavalières débutantes aux allures de cavalières aux longs cours traversent un large pré sans soucis. Les averses nous font jongler avec les ponchos et les lunettes de soleil.

Nous sommes à la fin de nos provisions… si nous ne rejoignons pas de ville demain, nous connaîtrons la faim. Ce serait une forte expérience du contrôle de soi de rester calme et patient avec les animaux malgré l’absence de nourriture.

En fin de journée nous poussons la marche jusqu’à la civilisation car j’aimerais au moins réclamer des croquettes aux portes.

Les quelques personnes à qui nous adressons la parole se méfient visiblement de nous et ne nous renseignent aucunement pour une aire de bivouac.

Nous décidons de nous installer sans l’autorisation de personne sur un terrain où nous espérons déranger le moins possible. Elsa et moi prenons en main la mission croquettes.

Scène de film, de la lumière aux fenêtres et du bruit à l’intérieur. Nous frappons, frappons et refrappons à la porte. Personne ne bouge… une voix fébrile se fait entendre : un vieillard hurle d’incompréhensibles revendications.

A la seconde porte on nous indique un supermarché à 4-5km d’ici. Allez, on se lance pour une expédition courses en nocturne !

Nous nous perdons longuement au retour pour cause de blablatage incessant…

Pauline et Benoit de surveillance au campement commençaient à s’inquiéter sérieusement. Heureusement la bouteille de vin, le pesto, le fromage rappé dans les pâtes, tous ces petits luxes de jours de fêtes apaisent la soirée.

Ben me fait part de son état d’épuisement du au constant sentiment d’insécurité provoqué par la vie nomade. Il faut un certain temps d’adaptation pour que le balancement quotidien dans l’inconnu ne soit plus subi comme un inconfort moral…

 

 

-     Mardi 25 février

 

Nos amis hollandais viennent récupérer nos coéquipières temporaires pour les déposer au bus de Loulé. De grandes embrassades, plein d’amour et des promesses d’aventure pour cet été !!

Avec Benoit nous prenons notre temps ; je suis pleine de mauvaises pensées, lui également, c’est une matinée désagréable.

Lorsque nous garons la caravane sur le parking du supermarché de Sao Bras de Alporte, deux policiers viennent nous interroger. Dès qu’ils comprennent que nous ne sommes pas les gitans qu’ils craignent, ils prennent un air sympathique et s’intéressent à notre version du nomadisme.

Nous réussissons à joindre Marlou qui se trouve aujourd’hui à Faro, nous nous retrouverons donc demain à Loulé. De sa voix très enjouée, elle nous raconte qu’elle a un tas de découvertes intérieures à nous partager. Je crains que sa tête ne quitte ses épaules.

Plus tard nous attachons les chevaux devant un bar pour dos cerveja entre les vieux habitués au comptoir. Nous devenons observateurs de ces précieux instants de vie et laissons le portugais s’emparer de nos oreilles. Ben se détend, il savoure cette heure durant laquelle il peut pleinement lâcher prise, oublier l’éveil permanent de la responsabilité.

 

 

-     Mercredi 26 février

 

Après quelques tentatives de chemins non-concluants, nous optons pour la route très fréquentée. Dalù doit être tenu en laisse car il ne prête pas encore suffisamment attention au bord de route.

Je glisse une fleur dans mes cheveux et rêvasse sur mon cheval oubliant le bruit des moteurs. Dans la ville nommée Loulé nous recherchons dans toutes les boulangeries l’homme souhaitant nous accueillir (il s’agit de la famille d’une collègue de ma mère). Ce David-là est introuvable et la faim nous tiraille de plus en plus. Au hasard, nous nous posons sur un terrain herbeux faute de mieux. Après avoir contacté ma mère, j’apprends que l’information n’était pas complète : il habite à Ameixial, c'est-à-dire à 40km d’ici !

Puisque la journée atteint son terme nous resterons dans cet endroit incommode…

Puisque Marlou ne répond pas au sms, je téléphone et tombe sur un homme portugais. Il m’explique que le portable a du tomber de sa poche lorsqu’il la prit en stop la veille pour la déposer à Loulé. L’homme en question me rapporte ce téléphone mais nous perdons ainsi les traces de notre amie !

Un moment de grande réflexion s’impose : nous élaborons quelques anticipations de ses actions menées en toute logique. Mais je commence sérieusement à douter de son état de lucidité, en plus d’être dans les attitudes très changeantes et d’avoir des comportements toujours imprévisibles, je sens bien qu’après son bas beaucoup trop pas, elle est en train de décoller vers un haut beaucoup trop haut qu’elle ne contrôle pas…

Pendant que Benoit se promène en ville en quête d’un signe de vie, je suis tant rongée par l’angoisse que je dévore un paquet de m&m’s alors que je hais les sucreries de ce genre. Tous mes gestes se font dans un état second.

 

 

-     Jeudi 27 février

 

Nous ne pouvons pas attendre notre compagne dans un endroit si peu adapté aux besoins de la troupe, nous quittons donc la ville en direction d’Ameixial. Je demande à mes amis d’écrire un message sur le Facebook de Marlène pour l’informer de nos plans et de notre destination… car dans le cas où elle serait encore celle que je connais, elle profiterait de la civilisation pour trouver un accès à Internet.

A l’heure de notre déjeuner un homme trapu à la longue barbe grise et queue de cheval nous ouvre sa porte. Les chevaux ont de quoi se rassasier entre les orangers de leur immense jardin et les chiens reçoivent des spaghettis bolognaise !

Nos hôtes sont allemands et vivent au Portugal depuis 17 ans, nous communiquons en anglais majoritairement. Heinz nous raconte sa vie fascinante et Uta nous dévoile ses multiples talents artistiques. Il a beaucoup voyagé, croqué la vie à pleine dent, s’est rendu à Woodstock, s’est fait bouddhiste en Asie… elle fut une belle femme mannequin, a vécu dans plusieurs pays et déborde encore d’énergie créatrice.

Ils vivent dans une petite maison très modeste sans eau courante ni électricité mais traitant leurs chiens comme des rois suprêmes. Ils sont gavés de viande et petites tartines qui les condamnent à une obésité écœurante alors que leurs maîtres se satisfont de quelques œufs durs sur une tartine de beurre ! Ces deux-là sont de formidables personnages.

Ils insistent pour que nous ne repartions que demain. Nous passons donc le reste de la journée dans de grandes conversations passionnantes… il y a beaucoup de bonté dans leurs yeux, mais aussi beaucoup de tristesse et les marques d’un passé empreint de douleurs.

Benoit improvise pour eux à la clarinette avant que nous disparaissions au fond d’un grand lit moelleux à souhait…

 

 

-     Vendredi 28 février

 

« Don’t forget the spiritual dimension, my young daugther » “I promess you, i’ll never forget it and i’ll never forget you…” entre deux membres de notre famille que nous laissons sur le bord du chemin.

Nos cœurs légers divaguent au gré des paysages lorsque nous croisons un cycliste belge qui nous convie à sa table pour le repas de midi ! Luc et Bernadette sont retraités depuis deux ans et débordent de vie. Ils sont surprenants dans leur joie et leur ouverture d’esprit.

Bernadette est d’une bienveillance exceptionnelle et s’amuse de tout même de ce qui en agacerait beaucoup ; une vraie maman d’un jour… Luc a de l’amour dans les yeux et beaucoup de simplicité dans son sourire. Il nous avoue que si sa vie était à refaire, il choisirait la même femme car il s’en étonne encore chaque jour ! C’est si beau d’entendre de telles paroles !

Ils sont passionnés d’art et me fond découvrir leurs merveilles, j’apprends que mon visage ressemble beaucoup à celui d’un tableau de Léonard De Vinci…

Et, c’est lunettes de soleil, tasse de thé à la main, affalée sur le transat face à la piscine creusée que j’attends tranquillement un certain José, professionnel du didgeridoo. Ce dernier vient faire une petite démo à mon compagnon qui a bien hâte de maîtriser cet instrument, malheureusement nous ne pouvons pas transporter un de ceux que José nous propose puisqu’il risquerait de se briser en dépassant de la largeur des caisses de bât.

Nous finissons par reprendre la route le cœur en fête, que la vie est bouleversante !

Au bivouac alors que nous galérons à faire du feu avec du bois trop vert, je reçois un appel des parents de Marlène. Cyril m’apprend qu’elle a été internée de force à l’hôpital psychiatrique de Faro. Je raccroche le téléphone et succombe de suite aux crises de larmes, je regrette de ne pas avoir suivi mon intuition et de l’avoir laissé livrée à elle-même dans une attitude qu’elle ne contrôlait plus. Benoit tente de me rassurer mais je suis complètement sur les nerfs, je lui ai fait la promesse de ne jamais l’abandonner…

 

 

-     Samedi 1er mars

 

Une longue journée s’annonce, nous parcourons la vingtaine de kilomètres qui nous séparent d’Ameixial sans pause, sous la pluie et contre le vent. La dernière heure met la patience de mon compagnon à rude épreuve.

Vers 15h nous atteignons cette fameuse padaria où le dénommé David qui attendait notre arrivée est absent pour le week-end ! Les gens qui s’y trouvent ne savent pas trop comment nous recevoir… après quelques tentatives de dialogue nous obtenons un parc idéal pour les herbivores et une petite chambre pour nous. Vu la méfiance de l’accueil nous ne pouvons compter sur nos hôtes pour nous conduire à Faro. Notre mission de la journée tombe à l’eau.

Affamés nous optons pour un bon repas qui nous aidera à avoir les idées claires, mais je ne peux rien avaler de plus qu’une tranche de pain… je veux à tout prix sortir Marlou au plus vite de ces murs qui l’emprisonnent. Nous savons tous les deux que nous tenterons l’évasion s’il le faut… mais quelques minutes au téléphone me remettent à ma place ; je ne suis pas en mesure de prendre une telle responsabilité, cette décision et les risques qui s’en suivent ne sont pas de mon ressort. Le mieux que nous puissions faire pour l’instant est de prendre bien soin de ses animaux et de s’engager à ses côtés quel que soit la suite des évènements.

Pour nous vider la tête nous buvons deux bières au bar du village. Un petit vieux est ravi de bavarder avec nous en français ! Il a travaillé 15 ans en Suisse avant de revenir vers sa famille au Portugal. Il nous informe de la soirée carnaval à la salle polyvalente et m’invite à y danser avec lui. Nous acceptons vivement la proposition et promettons de l’y rejoindre plus tard car dans un premier temps, Benoit me lamine au billard…

Au bal masqué de carnaval, la musique est d’ambiance ! Nous nous mêlons aux danses de couple et envahissons la piste de nos mouvements décontenancés. L’adorable papi de tout à l’heure est également un bon partenaire de danse, il m’entraîne sur la piste avec le fier sourire de ses 20 ans. Lorsque nos rires ne suffisent plus à ignorer la musique, Ben et moi nous éclipsons vers le lit qui nous attend.

 

 

-     Dimanche 2 mars

 

Journée couture ! Nous nous affairons à nos multiples améliorations et réparations en musique, Ben découvre la polyvalence du cavalier voyageur et s’implique avec entrain.

La femme qui nous a reçu lors de notre arrivée la veille se montre de plus en plus chaleureuse à notre égard ; ils ne demandent qu’à être apprivoisés ces charmants portugais !

Nous téléphonons à l’hôpital psy et parvenons à entendre Marlène, je ne reconnais pas sa voix ni ses paroles mais je suis ravie de la sentir avec moi.

Le soir nous retournons au bar pour un verre de vin qui nous délie la langue et l’esprit. Au retour nous nous approchons du troupeau qui prit de frénésie, détale à une allure d’un bout à l’autre du parc. Nous enjambons la clôture pour courir à leurs côtés, instant d’une élégance suprême.

 

 

-     Lundi 3 mars

 

Réveil avant l’aube pour promener les chiens avant d’attraper de justesse le bus de 7h qui nous emmène à Faro.

Jusqu’à 14h nous courrons dans tous les sens pour profiter de plusieurs services importants en ville avant de franchir les portes de l’hôpital.

Nous demandons à rendre visite à Marlène, ils ne nous laissent pas y rentrer à deux, j’y vais la première… je la serre dans mes bras avec tout l’amour que j’ai à lui offrir. Mon amie a le cerveau en bouillie et les yeux vides, leur traitement la transforme doucement en zombi. Je pourrais écrire des pages et des pages sur cette heure peu ordinaire partagée avec elle mais je crois que tout cela nous appartient…

Je demande à parler au docteur qui me reçoit aimablement à son bureau, « on va la faire rentrer dans la norme » comment ose-t-il l’abimer sans rien savoir de ce qu’elle est au fond ? « elle va mieux » me dit-il. C’est sur on supporte mieux de voir des gens aliénés plutôt que des extasiés qui ne savent plus contenir leur joie. Marlène est allée trop loin car elle a trop peu conscience de l’ampleur de ses débordements, mais la claque est violente.

L’infirmier m’informe que toutes ses affaires ont été égarées dans la rue et son violon brisé lors de sa performance artistique… Benoit lui rend visite à son tour et ressort de ces tristes couloirs en colère et le cœur lourd de souffrances. Elle se meurt entre ces murs gorgés de mauvaises ondes et privée de l’air extérieur. Il faut un environnement sain pour apaiser un esprit tourmenté.

La famille est brisée, je suis rongée par les remords.

 

 

-     Mardi 4 mars

 

Nous prenons beaucoup de temps à lever le camp puisqu’on a tendance à s’éparpiller dès qu’on reste posés… On finit quand-même par dire adieu à nos sympathiques hôtes et reprenons les chemins. Deux portugais se concertent pour nous indiquer la direction et continuent de débattre lorsque nous nous éloignons…

Agréable bivouac au bord d’une rivière, si ce n’est que le feu de bois d’eucalyptus renvoi une fumée agressive capable de vous gâcher une soirée.

Ben en bon guerrier ne craint plus la fraîcheur de l’eau, il est d’ailleurs de plus en plus à l’aise avec les 8 sabots qu’il dirige, intégrant progressivement les bons réflexes.

C’est une rude épreuve de patience de se retrouver à partager l’intégralité de son quotidien avec quatre chevaux et trois chiens lorsqu’on n’a jamais vécu au contact des animaux.

 

 

-     Mercredi 5 mars

 

Mauvaise nuit, Marlène s’est emparée de nos rêves, je suis tristement calme. Les gracieuses collines ne parviennent à m’égayer. Le vent m’allège entre deux tourments, ma tête est assaillie de pensées ; je l’entends murmurer à mon oreille de ne pas la laisser sombrer. « Tu te souviens de toutes les promesses que je t’ai faite ? Jamais je ne t’abandonnerai » et pourtant je te sens disparaître mais demeure impuissante.

Au déjeuner, le soleil chasse les nuages et soulage mon mal de crâne, j’aimerais rassurer Fennec, Pequeno et Philou en leur expliquant que leur compagne reviendra bientôt prendre soin d’eux.

Nous croisons beaucoup de petits lacs qui enchantent Benoit, la végétation fleurissante du printemps portugais honore notre avancée.

Lorsque nous nous installons au bord d’une rivière, Ben exige une pose contemplation. Avant même d’avoir fini les préparatifs du bivouac, nous grimpons une colline pour admirer le coucher du soleil en buvant du thé « tu n’as pas encore appris à te poser » me dit-il. Je sais mais je ne conçois pas l’idée de remettre au plus tard ce qui demande à être fait maintenant ! Les grillons et les crapauds nous convient intimement à leur concert du crépuscule.

 

 

-     Jeudi 6 mars

 

L’aube étoilée annonce déjà une journée de ciel bleu, je selle la troupe au son de la clarinette dans les premières lueurs matinales.

Les reliefs montagneux se tassent pas après pas mais la sauvagerie des lieux est préservée. A midi nous éternisons notre pause idyllique en plongeant dans un étang recouvert de fleurs blanches. C’est ce qu’on appelle « vivre d’amour et d’eau fraîche » en traversant un petit hameau pour une fois habité, nous bavardons avec des francophones portugais. Le bivouac que nous dénichons prend des allures de coin de paradis, un petit bassin d’eau sur fond de paroi rocheuse, quelques arbres, une pâture fleurie…

J’applique soigneusement du Tea-tree (huile essentielle) sur les endroits du corps de Philou où les poils ne repoussent pas. Lorsque je l’attache en grande longe il ne s’empresse pas de s’en aller avec ses airs de mulet mais exceptionnellement reste auprès de moi en douceur.

A cet instant précis se dresse devant moi le fin croissant de lune renversé (car ici l’inclinaison du ciel est différente de celle qu’on observe depuis l’Alsace) tel un sourire radieux perçant l’infinité obscure de la nuit qui nous enveloppe.

 

 

-     Vendredi 7 mars

 

Quelques foulées de galop survolent la rosée scintillante pour ramener le troupeau près du campement. Suspendu au-dessus de l’eau, mon clarinettiste accompagne mes mouvements d’entre ses rochers. Seller quatre chevaux revient peut-être à s’affairer deux fois plus… mais seller en musique est bien plus un rituel qu’une routine éreintante.

Dans un village où nous nous arrêtons pour un morceau de pain les gens sont très curieux et les grands-pères ont les yeux qui brillent.

L’un d’eux me demande de monter ma jument pour admirer la caravane ainsi menée. C’est bien la première fois qu’on réclame une « démonstration » ! À midi Benoit n’est pas au top de sa forme et plonge dans une sieste de deux heures. J’en profite pour m’étendre au soleil avec mon recueil de poésie tout en surveillant les chevaux lâchés dans d’immenses prairies. Je nous sens suffisamment ensemble pour qu’ils restent brouter autour de nous…

En effet, ils s’éloignent à peine, quel contraste entre mon énergie débordante qui m’incite à grimper dans les arbres à accomplir des petites figures de gymnastique dans l’herbe… et l’insolation de mon compagnon !

Mais ce dernier est loin de se laisser abattre, il propose même de préparer la cuisine pour que je puisse lâcher-prise un instant. Je file donc me percher en haut d’un bel arbre pour y jouer du ukulélé. Il est vrai que parfois c’est extrêmement agréable de reléguer les gestes du quotidien pour se pencher sur d’autres occupations plus secondaires.

 

 

Romane

Publié le 23-03-2014