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Guide pratique du tourisme équestre en Alsace

Guide pratique du tourisme équestre en Alsace 2016
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Observatoire socio-économique du tourisme équestre en Alsace

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Carte des circuits de randonnée équestre en Alsace:

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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°37

du 1 au 7 février

-     Samedi 1er février

 

La caravane progresse tranquillement sur les larges chemins espagnols lorsque nous nous arrêtons devant une immense trace de félin qui retient notre attention… déconcentrées nous scrutons les alentours ; quelle sorte d’animal a bien pu traverser ce banal chemin de terre ? Désormais nous restons attentives au milieu de cette nature qui nous paraît de plus en plus hostile. Les chiens n’osent même plus s’y aventurer et rôdent craintivement autour de nos sabots.

Nos regards se perdent sur les cimes des hauts pins qui  nous surplombent. Soudain, Marlène s’écrit : « Oh j’hallucine ! T’as vu ce que j’ai vu ? » Eh non ce n’était pas un écureuil ! Cette queue longue et agile s’échappant entre les branches nous évoqua la présence d’un chimpanzé.

Nos montures tâtonnent le terrain pas à pas, la tête haute et les oreilles dressées vers l’inconnu comme si nous avons pénétré de plein gré dans la réalité parallèle ; cet incroyable phénomène vous maintient en éveil mais sans l’ombre d’une angoisse. A la pause de midi, les grognements de Fennec attirent notre attention, la voici en tête à tête avec un surprenant reptile voleur de croquettes ! Le serpent de taille considérable se trouve suspendu à une branche tout en plongeant sa tête dans le sac des toutous. Nous décampons en vitesse pour ne pas risquer de provoquer son agressivité.

Un peu chamboulées par cette aventure, nous restons silencieuses avec la tête pleine de questions qui se perdent dans nos cerveaux embrumés. Néanmoins, nous restons ouvertes à l’imprévu voir l’inconcevable. Au loin retentissent les battements sourds et réguliers d’un troupeau s’élançant à vive allure la terre résonne de plus en plus intensément : il se rapproche. A peine dissimulés par les troncs à l’horizon nous distinguons de longues et fines jambes entrainées dans un galop plein de souplesse. Nous venons de découvrir les responsables de ces feuilles broutées à une altitude que les chevaux ou autres équidés ne peuvent atteindre, nous ignorions pourtant la présence de girafes sur le territoire espagnol…

Lorsque le jour commence à diminuer, nous attendons de déboucher sur une clairière pour installer notre bivouac. Lorsque la forêt s’ouvre enfin, un troupeau d’éléphant passe paisiblement devant nos yeux ébahis. Nos chevaux débordent d’une fougue qu’on ne leur connaissait pas face aux mammifères vêtus de rose qui saluent de leurs trompes notre caravane.

MOUHAHAHAHA

 

 

-     Dimanche 2 février

 

Marlène est épuisée et sommeille à cheval, le soleil de midi incite à la sieste jusqu’à ce qu’un troupeau de chevaux en liberté vienne déranger la tranquillité de notre repos.

Nous longeons toujours la rivière jusqu’à un petit village. En passant devant un bar où de nombreuses familles en terrasse profitent convivialement du retour du printemps, un homme nous propose de mettre pied à terre pour partager une bière à sa table. Tout le monde nous assaille de questions dans cette atmosphère de joie et de fête. Le même homme qui nous avait invité nous propose de passer la nuit dans sa casita de campagne. Nous avions l’intention de tracer jusqu’au Rocio mais sachant que Marlène commence à tomber malade je n’hésite pas à accepter. Nous installons ses deux gamins sur Pequeno et le suivons jusqu’à sa propriété. Les chevaux sont lâchés dans un parc avec le sien mais celui-ci reste bien à l’écart.

Dans leur jolie maison de bois entièrement construite par les mains d’Alejandro, Maribi nous prépare une tortilla et le voisin Francisco fait du feu. Assises sur le canapé avec une couverture sur les genoux, nous sommes bichonnées par cette chaleureuse famille. Ils finissent malheureusement par quitter leur maison du week-end pour rejoindre leur appartement en ville.

Plus tard dans la soirée, Francisco revient pour nous préparer une soupe et bavarder avec nous. L’amitié est immédiate et nous lui faisons la promesse de revernir le voir en mars prochain, lors de notre tour d’Andalousie à vélo !

 

 

-     Lundi 3 février

 

Marlène passe une nuit terrible, incapable de se réchauffer… lorsque j’entends la pluie sur le toit je lui murmure de dormir toute la journée dans cette confortable petite maison. Je saute hors de la couette en entendant Francisco hurler qu’on lui ouvre le portail. Alejandro l’a envoyé nous interdire de reprendre la route avec ce temps-là, vu la fatigue qui creuse nos cernes ! Francisco nous rallume le feu, nourri nos chiens, nos chevaux et nous prépare du chocolat chaud pendant que nous nous enfonçons dans le canapé, prêtes pour une vraie journée de repos !

Après des heures d’hibernation, Alejandro, Francisco et leurs enfants viennent nous chercher pour manger des churros dans un café puis nous emmènent au locutorio… ils se réjouissent tant que nous téléphonions à nos parents ! Encore une fois nous apprécions notre jeune âge en voyage car l’attention qu’ils nous avouent (comme quasiment tous les espagnols car ils sont très méfiants) ne faire confiance à personne. Mais en voyant nos visages et en ressentant l’énergie que nous dégageons ils n’ont pas hésité une minute à nous ouvrir leurs portes et nous en confier les clefs !

La vie nous répond sur le ton qu’on lui adresse.

 

 

-     Mardi 4 février

 

Une large bande de sable nous mène droit vers le Rocio à travers les pins parasols. Nous ôtons nos chaussures pour marcher pieds nus et enfoncer nos orteils dans le sable. Nous croisons un attelage de mulets avec une bande d’andalous joyeux qui nous offrent un verre.

A l’heure où nous commençons à sentir la faim nous dénichons un coin d’herbe improbable dans cet environnement de sable ! Nos besoins influent sur la réalité. Nous arrivons dans le célèbre village sans asphalte de nuit ; les pistes de sable séparent les maisons devant lesquelles sont dressées des barres d’attache pour les chevaux. Nous nous sentons tant cowboys que lorsque nous croisons des habitants au lieu de leur demander l’hospitalité pour la nuit, Marlène pleine de rire ne décroche pas du délire et leur demande où sont les bars pour aller boire une bière à cheval ! Nous retrouvons finalement notre sérieux et racontons notre histoire. L’homme nous propose une écurie et une chambre pour 30€, nous exigeons d’office 15€ ou bien nous irons voir ailleurs.

Très vite nous comprenons que cet homme-là n’est pas un profiteur de touristes et qu’il est ravi de nous recevoir. Nous avons beaucoup de peine à enfermer les chevaux dans des boxes qui les empêchent de se voir les uns les autres. Leur nervosité témoigne de cette aberration de mettre des animaux de fuite dans des boîtes.

Javier insiste sur l’idée qu’ils sont bien là pour se reposer et que le grain est un aliment important ; mais au fond nous les connaissons assez pour savoir qu’ils seraient bien mieux en liberté sur de l’herbe… avec le grain, ils assimilent en quelques minutes ce dont ils ont besoin puis s’ennuient en grignotant de la paille au lieu de passer comme à l’état naturel 65% de leur temps à brouter.

La maison de Javier est un palace typiquement typique !! Nous entrons dans un magnifique patio aux couleurs du pays puis nous nous installons dans son intérieur plein de richesse. Il a 38 ans et vit dans la maison de ses parents qui eux habitent à Huelva. Des tableaux et des photos de grands rassemblements de chevaux en tenues traditionnelles ornent les hauts murs blancs. Nous lui cuisinons le dîner avant d’occuper les canapés autour de la cheminée. Il nous invite à rester autant de jours que nous le souhaitons, il ne nous demandera finalement pas un centime… si ce n’est de payer le grain et de faire les courses à nos frais ; nous sommes des amies.

 

 

-     Mercredi 5 février

 

Nous nous levons pleines d’entrain pour atteler Pequeno avec la calèche de Javier ! Malheureusement le matériel est adapté pour les mulets et n’entre pas sur son encolure… Javier veut absolument atteler Philibert et nous sommes obligées de refuser sur un ton excessivement ferme. Nous n’allons pas risquer la catastrophe en bafouant son apprentissage avec une si rapide désensibilisation !

Nous préférons la sage décision de monter simplement à cheval : Javier sur Pequeno avec sa selle vaquera, Marlène sur son mulet, moi sur ma pouliche et la Djam libre de nous suivre.

Nous trottons et galopons dans les rues du Rocio, village international du cheval, nous y croisons beaucoup de cavaliers en pleine séance de dressage et toutes sortes de chevaux sauvages qui envahissent les abords du lac à quelques pas l’église.

Javier n’est pas vraiment à l’aise en selle mais semble très heureux de partager cette promenade avec nous.

Notre nouveau chien Dalou devient de plus en plus membre de l’équipe, il prend exemple sur les deux autres et se comporte parfaitement bien. En revanche, avec ses soucis de hanche nous évitons de le faire courir inutilement.

Notre compagnie apporte beaucoup de légèreté à la solitude de notre hôte, nous bavardons avec son voisin qui nous transmet tellement d’enthousiasme que nous passons la soirée à rire et danser comme des enfants émerveillés. Javier nous regarde souriant malgré sa constante énergie basse et ses yeux cernés par la tristesse.

 

 

-     Jeudi 6 février

 

Drôle d’impression de nourrir nos excités d’écurie qui tapent contre la porte du boxe lorsque nous passons dans l’allée…

Javier doit se rendre à Séville pour régler des affaires, nous en profitons pour récupérer…Benoît !!! Notre ami rencontré sur le chemin de Compostelle en octobre a fini son trajet jusqu’à Santiago et même jusqu’à Porto et nous rejoint aujourd’hui. En marchant dans le centre-ville nous repérons un jeune canadien artiste de rue et décidons de revenir plus tard l’inviter à manger. Retrouvailles explosives avec notre petit pèlerin ! Nous retrouvons ensuite le percussionniste qui parle français (québécois) et l’entrainons dans un resto. Javier qui marche entre les inconnus la tête baissée et les sourcils froncés (méfiance), observe notre simplicité avec étonnement. Nous voilà 5 dans la voiture sur la route du retour. Marc a été enthousiasmé par notre voyage et va nous accompagner quelques jours. Nous essayons de parler au maximum en espagnol pour ne pas exclure notre hôte mais nous sommes tellement heureux que nos conversations s’emballent très vite.

Des énergies très fortes circulent entre nous quatre alors que nous nous connaissons à peine.

Ben sort la clarinette, Marlène le violon, Marc le steel drum et j’expérimente la guimbarde. Un peu de folie dans ce palace habité de lassitude.

 

 

-     Vendredi 7 février

 

C’est l’anniversaire de Javier ; nous partons à la plage à cheval. Le super plan idyllique devient vite désagréable car notre hôte ne nous avait pas précisé qu’il s’agissait de 15km au bord d’une nationale…

Marc monte à cheval pour la première fois de sa vie et se réjouit de cette excursion. Arrivés face à l’infini de l’océan, l’émotion nous cisaille le ventre. Pour moi c’est l’accomplissement d’une longue descente vers le sud, je regarde en arrière 11 mois de marche puis en avant… mes pas s’arrêtent dans le sable gorgé d’eau. L’horizon est un point final à la première moitié de mon voyage. Le large est ici en moi une sorte de bout du monde.

Et nous l’avons atteint en usant de notre force vitale bien plus que quelconque moyen artificiel. Marlène et moi descendons sur la plage avec les quatre chevaux mais ils sont bien trop inquiets pour tenter le tant rêvé galop au bord de l’eau. Nous les laissons donc brouter un peu plus loin pour nous jeter nues dans les puissantes vagues. Toutes les deux, mains dans la main, nous rions de joie à chaque vague qui nous fait chavirer. Il n’est même pas question de froid, je ne sais si Javier comprend notre euphorie, en tout cas il semble heureux de son pique-nique à la plage. Marc et Benoit se laissent enivrer par les émotions de l’instant…

Nous abandonnons les hommes au bus pour rentrer au trot avant la tombée de la nuit, je suis épatée par Dalou qui suit la caravane en longeant la route bien à droite.

Soudain, Philou que Marlène monte avec le licol en corde que Francisco nous a offert se met à dévier sur la gauche et ne répond plus aux demandes de sa cavalière. Les deux chevaux et les trois chiens se déportent dangereusement sur le milieu de la route très empruntée. Marlène hurle de peur en voyant les voitures foncer droit face à elle. Le temps lui parait une éternité avant qu’elle ne parvienne à calmer son mulet et l’arrêter sur le bord de la route. J’assiste à la scène de loin en maintenant mes juments au pas, aucune émotion ne me traverse, seules les phrases : « Evite le sur-accident » et « tout va s’arranger » hantent ma tête.

Mon esprit est plongé dans une étrange inertie qui combat la menace de la panique, je finis par rejoindre mon amie en pleurs qui se ressaisie rapidement. Nous continuons la route au pas et Marlène à pied pour ne pas créer de nouveaux dangers… tout le monde est vivant, c’est incroyable. Comme si tout cela n’était pas assez cauchemardesque, le licol de Pequeno casse ; il se retrouve libre au bord de cette même route. Heureusement la laisse de Dalou nous permet une réparation rapide et provisoire. Il fait nuit lorsque nous apercevons enfin le Rocio après cette longue journée pleine d’émotions complètement extrêmes. Les lumières du village reflètent sur le lac bercé par le chant des flamants roses, cette image ne nous apaise pas suffisamment et nous n’échappons pas à toutes ces tensions qui nous submergent… nous avons pourtant horreur de nous prendre la tête ; c’est même la première fois que ça nous arrive !

Pour l’anniversaire de notre hôte nous avons acheté le nécessaire pour lui préparer des pizzas maison et du fondant au chocolat… mais le four est hors d’usage. Nous rattrapons la soirée avec des crêpes richement fourrées et une orgie de fraises achetées à deux pas du Rocio !

Javier est ravi que nous envahissions sa cuisine et semble appréhender notre départ ; lorsque la solitude et le vide viendront à nouveau habiter ses vastes murs. Même le voisin nous propose de rester davantage à ses côtés !

 

 

Romane
Publié le 20-03-2014