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Guide pratique du tourisme équestre en Alsace

Guide pratique du tourisme équestre en Alsace 2016
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Observatoire socio-économique du tourisme équestre en Alsace

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Carte des circuits de randonnée équestre en Alsace:

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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°35

du 18 au 24 janvier 2014

-     Samedi 18 janvier

 

 

La menace de la pluie persiste et l’humidité s’infiltre partout, je constate que le mauvais temps d’hiver me dérange beaucoup moins que celui qui nous a gâché tant de journées de printemps ! Il n’empêche que le vent froid est plutôt saisissant. Nous qui pensions se dorer la pilule sous le soleil andalou, faudra encore attendre de mois prochain… mes doigts ont retrouvé leur forme disproportionnée due aux basses températures.

Nous évoluons toujours entre de grands champs cultivés qui ne nous permettent pas d’envisager le bivouac sauvage. Un troupeau de nuages-moutons gambade sur fond de ciel bleu.

Lorsque nous croisons la route nationale en fin d’après-midi, Marlène décide d’essayer de se rendre en stop à Merida pour récupérer du courrier, je mène donc seule la caravane jusqu’à Calzadilla où nous avons rendez-vous. Un couple de promeneurs bien aimables m’indique un terrain communal où je peux attacher la troupe pour la nuit à deux kilomètres du village. Après avoir tout déchargé et installé à l’abri de la pluie, je retourne chercher ma coéquipière puisque mon campement est assez discret pour n’attirer aucun regard. Je passe plusieurs heures à patienter sur la place du village d’abord avec un bouquin puis avec les petits vieux du coin. Ca papote, on papote, en s’enfonçant dans la nuit. Les papis sont aussi inquiets que moi pour Marlène et ne veulent pas me laisser attendre seule dans le froid… l’un d’eux n’a jamais quitté son village, sauf lors de sa lune de miel à Madrid ! Ils travaillent tous aux champs : les oliviers ou la vigne. Lorsque chacun fini par rentrer chez soi, je lis l’aventure extrême de Mike Horn avec Fennec roulée en boule sur mes genoux, je trouve le récit du cercle polaire arctique bien approprié au froid qui me ronge. A minuit je craque, je vais mourir d’hypothermie si je passe la nuit assise dehors, je prie pour que Marlène dorme dans une auberge !

Les vingt litres d’eau que je transporte sur le dos, le vent qui me fouette le visage et la pluie qui rend la nuit si triste me font atteindre les limites de ma résistance physique. Je m’effondre dans la tente après une dernière visite au troupeau et me serre fort contre mes adorables chiens.

 

 

 

-     Dimanche 19 janvier

 

J’ouvre les yeux mais aucune énergie n’habite mon corps. Le vent balaie la fine toile qui nous abrite et j’entends Pequeno hennir. Tout me semble cauchemardesque, il manque un membre de la famille ; cela m’attriste tant que j’aimerais m’enfuir au fond du sac de couchage en attendant que ce mauvais moment passe. Ce matin je n’ai pas envie de me battre avec la vie, c’est tout.

La raison fini par me secouer : il faut que je déplace les chevaux sans tarder pour qu’ils aient à manger, je me précipite au village pour enquêter auprès des petits vieux mais personne n’a aperçu « una francesa rubia ». L’un d’eux me propose un petit déjeuner, ça tombe bien j’avais le ventre encore vide. Je me retrouve donc dans la maison la plus incroyable qu’on puisse imaginer... marquée par les ravages du temps et encombrée d’un bric à braque phénoménal, cette vieille bâtisse me fascine dans les moindres recoins. Même une colocation d’étudiants insalubre que cet intérieur tenu par un homme désespérément seul. Il vivait avec ses 2 frères qui sont partis avant lui.

Il a pour unique compagne une photo de sa mère sur sa table de chevet, le pauvre homme me prépare un chocolat chaud qu’il me sert dans un verre poussiéreux. Je l’observe d’un air surpris utiliser la chasse d’eau des toilettes qui trônent dans sa cuisine en guise de robinet, je me perds à parcourir du regard un tas de détails farfelus.

Assis côte à côte sur le canapé, je commence à saisir clairement ses intentions, je retire poliment sa main de ma cuisse et refuse simplement de faire une sieste dans son lit. Il ne m’effraie pas du tout puisque j’ai bien plus de force mais sa détresse me peine, j’apprends qu’il a 58 ans alors que sa vie dénuée d’amour lui confère des allures de vieillard. Un paradoxe m’amuse (rire jaune) : cet homme aux idées mal placées à ma droite et tout autour des icônes de la vierge… j’insiste pour attendre mon amie dehors tout en le remerciant pour son hospitalité. Il tente une dernière fois un baiser volé mais je m’éclipse rapidement…

Je casse la croute en compagnie de mes caballitos et prends la décision d’alerter la police à 16h. Vers 15h une voiture dépose Marlène devant moi !! Le stop n’a pas fonctionné ; elle n’a pas réussi à se rendre à Mérida… elle a donc dormi dans un petit hôtel puis attendu un bus qui ne partait qu’en début d’après-midi. La méfiance des gens dans leurs voitures et leurs regards méprisants l’ont beaucoup attristé. Nous sommes terriblement heureuses d’être enfin réunies.

Des gens du village viennent nous ouvrir l’auberge municipale, il n’y a pas d’eau courante mais une cheminée et de vrais lits !

 

 

-     Lundi 20 janvier

 

L’aube se fond dans la brume, une vue féérique sur la chapelle embrumée incite au silence.

Aujourd’hui je mènerais seule la caravane puisque Marlène prend un bus pour Mérida. Nous nous donnons rendez-vous en fin de journée à Monesterio, c'est-à-dire une étape de 30km. J’attache donc Pequeno (suivit de Philibert) derrière Djamila. La jeune Umaïna mène le convoi exceptionnel avec entrain, elle est d’une bonne humeur particulière comme si son rôle l’honorait.

Je réalise à quel point le voyage m’a grandi, je me souviens de ces 3 jours où Justine ayant dû s’absenter, je menais seule les 2 juments et les 3 chiens. Le poids de la responsabilité m’écrasait et dans ma tête résonnaient toutes sortes d’angoisses. A présent je suis sereine alors qu’on a doublé l’effectif ! J’ai confiance en mes routards et je sais aussi que je suis capable de réagir face aux situations nouvelles ou périlleuses.

En revanche, j’avoue que la moindre pause pipi devient une épreuve puisqu’il ne faut pas risquer qu’ils s’emmêlement les uns les autres en broutant dans tous les sens ! Les toutous sont toujours aussi irréprochables, je chante à tue-tête mon bonheur de prendre soin d’une aussi belle famille.

Nous quittons enfin les grands espaces de cultures en pénétrant à nouveau dans ces immenses pâturages nommés la Dehesa. J’arpente avec joie les collines ; mes jambes avaient presque oublié les efforts du dénivelé… un ruisseau serpente le long du chemin qui dessine des courbes à l’horizon, une cascade caresse les rochers, la nature est de retour. « Le plus vivant est le plus sauvage » H-D Thoreau.

Au village, un barman m’interpelle car « una muchacha » est passée 10 minutes plus tôt pour me chercher. Tout le monde se sent impliqué dans l’histoire, une jeune femme prend sa voiture et retrouve ma coéquipière un peu plus loin. OUF ! Pas de plan galère cette fois !

Nous trouvons rapidement un grand terrain d’herbe bordé d’une rivière, légèrement à l’écart des habitations.

 

 

-     Mardi 21 janvier

 

La selle que Paulo nous a prêté pour Philou semble plutôt bien s’adapter à son dos étroit. Nous la modifions tout de même pour y mettre un sanglage trois points. Ce système de sanglage est très important pour déplacer la sangle d’avant en arrière afin de trouver la place qui ne l’irritera pas. Il faut constamment rester attentif car une plaie de harnachement peut arriver à des endroits inattendus.

Nous partons de bonne heure ce matin et Marlène se sent à bout vis-à-vis du froid. Nous longeons longtemps une nationale jusqu’à ce qu’un petit groupe de bûcherons nous indique un sentier qui suit la route entre les eucalyptus. Ils parlent vite, fort, tous en même temps et avec de grands gestes qui partent dans tous les sens. Le genre de scène typique qui nous amuse beaucoup et qui alimente notre amour pour ce pays.

En fin de journée nous tombons sur un parfait petit coin de bivouac sauvage avec une jolie rivière et de l’herbe grasse sur ses berges. Derrière notre tente se dresse des ruines où logent quelques cigognes.

Pendant que nous nous lavons joyeusement dans la rivière je contemple la forêt s’évanouir dans l’ombre du crépuscule et réalise à quel point je suis paisible. Le voyage a fait germer en moi un profond sentiment de paix qui m’enlève toute pulsion colérique. J’en oublie l’agacement, l’impatience, le mépris, la rage au profit d’émotions plus saines et moins excessives. J’ai la conviction d’accomplir ce qu’il fallait que j’accomplisse.

De là ma crainte de perdre cette paix si précieuse en retournant à la vie sédentaire. Marlène me dit qu’en prenant soin de la cultiver je parviendrai sûrement à la préserver.

 

 

-     Mercredi 22 janvier

 

Tendre matinée à s’émerveiller devant nos petits chiens. Difficile de se lever quand ils nous réclament toujours plus de câlins avec leurs grands yeux doux.

Ils nous poussent en dormant, salissent nos matelas, mais parce qu’ils sont MI-GNON on est heureuses de les avoir entre nous la nuit !

Il a plu toute la nuit et le ciel est toujours aussi couvert… nous obligeant à jongler avec les bâches et ponchos pour de ridicules averses.

J’éprouve un plaisir fou à grimper les collines ; la plaine commençait à me lasser, j’ai besoin que chaque pas révèle quelque chose d’inconnu et que l’effort physique me mette en pleine possession de mon corps.

A midi, pendant que nos herbivores se gavent de glands, une armée de cochons fait intrusion dans notre espace. Nous avons beau hurler et les menacer comme des guerrières enragées, nos adversaires reviennent inlassablement à la charge pour nous inspecter du groin. Si on tourne le dos une seconde ils en profitent pour fouiller nos affaires… ils finissent par nous encercler de toutes parts, je les trouve tellement laids et disgracieux qu’ils entachent la saveur de mon repas. Umaïna n’apprécie pas non plus leur présence et enchaine les coups de pieds avec coups de dents pour défendre son casse-croûte. Hari s’amuse à rassembler cet étrange troupeau sorti d’un film de Miyazaky pendant que Fennec rentre en communication non-violente avec eux. Elle se fond calmement au milieu des jambons sur pattes qui la tâtonnent de leurs groins boueux.

Nous traversons un village et rencontrons une cavalière qui serait ravie de nous inviter si elle n’avait pas prévu d’aller au cinéma avec son chéri. Elle nous conseille donc de continuer notre chemin car là-haut sur la colline nous trouverons de l’herbe pour notre bivouac. Il s’agit bien d’une réserve naturelle vaste et sauvage mais la végétation ne correspond nullement à nos besoins. Une vue panoramique nous permet de réaliser que nous ne trouverons pas un brin d’herbe sur des kilomètres à la ronde. Pourtant quelque chose nous pousse à aller de l’avant, comme s’il nous restait qu’à compter sur un miracle. Entre ces arbres et ces buissons secs, nous découvrons une mangeoire remplie de paille fraîche sur le bord du chemin. Aucune vache à l’horizon, certes elles ont laissé leurs traces mais s’en sont allées sans vider leur assiette !

Nous attachons donc nos chevaux en courte longe aux barreaux de la mangeoire en prenant bien soin de vérifier qu’il n’y ait aucun danger (qu’ils se coincent la tête !...) ça me fait mal au cœur de ne pas leur rendre leur liberté du soir mais Marlène trouve que j’exagère et que je ferais mieux d’être reconnaissante envers cette nourriture inespérée. Bien sûr qu’on a une chance incroyable mais je les aime tant que ça me rend exigeante !

Avant de nous coucher, nous grimpons dans un bel arbre pour contempler le ciel d’entre ses branches. Les étoiles semblent suspendues aux feuilles qui dansent avec le vent, nos pensées s’envolent elles aussi pour atteindre ceux qu’on aime et qui sont restés si loin.

 

 

-      Jeudi 23 janvier

 

Le soleil enfin de retour enchante le parc naturel que nous traversons. De nombreux ruisseaux parsèment notre chemin. Les moments contemplatifs que nous offrent cette vie-là sont précieux. Dans la vie active, on a si peu de temps pour prendre pied et se laisser transcender par les éléments.

On est prisonnier de tout un tas d’agitation et on laisse si peu nos préoccupations de côté pour simplement divaguer, sentir. Lorsque la caravane évolue paisiblement, que tout est en ordre et qu’aucun obstacle ou danger ne perturbe notre marche, nous pouvons faire taire nos pensées ; délaisser notre intellect pour mieux habiter notre corps et ses sens ; devenir la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher… s’abonner à la contemplation. En se connectant entièrement à l’impact de la terre sous nos pieds, au bruissement des feuilles dans le vent, à toutes ces petites merveilles qui nous entourent, on se sent au sein du monde. On se sent vivant.

A Castilblanco nous interpellons un propriétaire de chevaux qui n’a pas vraiment l’intention de nous aider… la seule chose qui l’intéresse c’est de nous les acheter ou de nous en vendre… les terrains qu’il nous indique ne nous laissent qu’imaginer des bivouacs cauchemardesques.

Finalement l’homme qu’il nous fallait sort d’un bar et nous installe sur son terrain clôturé. Un beau et grand sourire anime son visage, il y a là un jeune étalon très élégant aux mêmes airs que Umaïna.

Nous dormons dans un grand lit au milieu de sa sellerie.

 

 

-     Vendredi 24 janvier

 

On ne pouvait pas rêver mieux… les affaires sont dans un local fermé à clef, les chiens et les chevaux sont ensemble dans un grand parc aux grillages si hauts qu’ils ne s’échappèrent pas, notre hôte s’occupe d’apporter de la paille et du grain, il y a une grande niche confortable dans laquelle nous laissons une grosse dose de croquettes… bref tout ce qu’il faut pour un petit week-end à Séville l’esprit tranquille.

Au moment de quitter la famille pour prendre le bus, alors que nous n’avons rien dit ; Hari et Fennec ont très bien compris qu’ils vont devoir rester seuls et nous tirent clairement la gueule. Ils se couchent au fond de la niche, refusent de nous dire au revoir et quand ils acceptent enfin de nous regarder c’est avec un grand désespoir dans les yeux ! Ce sont de très bons acteurs qui savent éveiller notre culpabilité avec adresse.

Dans les rues de Séville, un tas de belles choses et d’artistes de rues captivants nous dispersent… mais cette fois-ci nous ne sommes pas en ville pour accomplir quelconque mission ! Nous n’avons que très peu d’obligations ce qui nous laisse la liberté d’évoluer en touristes.

Nous nous arrêtons devant une jeune fille jongleuse aux allures de bohème et l’invitons de suite à manger avec nous. Elle s’appelle Sarah, elle est allemande et voyage en se laissant porter par les vents… elle se débrouille en jouant du luth, en chantant et jonglant dans les rues. Elle avoue ne pas manger tous les jours et mener une vie très rudimentaire. L’amitié est immédiate et nous échangeons sur des sujets intérieurs en très peu de temps, je suis ravie de lui offrir le restaurant et de la voir savourer son fondant au chocolat… nous pouvons enfin donner après avoir tant reçu !

A la fin du repas, un vieux monsieur nous demande s’il peut emprunter la 4ème chaise de notre table, il s’y installe avec sa guitare que ses vieilles mains ridées par les années savent encore faire vibrer au rythme du flamenco ! Après une forte et sincère étreinte nous quittons Sarah que nous ne reverrons plus, malgré les promesses.

Nous visitons l’Alcazar ; un magnifique palais au centre de la vieille ville. La fine beauté de ses « Azulejos » et de ses jardins nous coupe véritablement le souffle. Nous rions d’extase pour atténuer la force qui comprime notre poitrine et jouons les princesses avides de tant de finesse.

Nous trouvons un « Hostal » à bas prix parfaitement typique et très charmant. D’autant plus que l’aubergiste se montre souriant et particulièrement aimable. Nous nous préparons un petit casse-croûte devant la splendide cathédrale qu’on ne peut se lasser d’admirer. Après quelques verres dans un bar décoré de roulottes et de tziganes nous désirons danser. Alors que nous avons déjà acheté nos billets d’entrée pour une boîte où on nous a promis de la musique traditionnelle, nous sommes refusées à l’entrée à cause de nos chaussures de marche !

J’oubliais que le monde était si superficiel, je trouve ça tellement illogique, infondé de réfréner une envie de danser à cause d’une tenue vestimentaire… il n’y avait pourtant aucune mauvaise intention, aucune provocation, simplement nous avons improvisé avec les moyens dont nous disposons : il n’y a pas de robe de soirée dans nos sacoches ni de chaussures à talon pour monter à cheval.

Nous essayons de vendre nos billets dans la fille d’attente, les gens craignent qu’on les arnaque, se méfient ou se moquent de nous. Ils n’ont aucun argument mais refusent catégoriquement de nous rendre ce service.

Subitement ce monde d’égoïstes et de faux-semblants me répugne et je perds le contrôle de moi-même. Je me mets en colère contre ces inconnus qui rejettent notre sincérité, abandonne Marlène à cette tâche pour éclater en sanglots dans une rue voisine. Encore une fois je réalise que nous sommes des porteuses d’utopie, des impulsées d’un rêve universel qui partagent encore dans une réalité triste et illusoire. Cette réalité insensée me fane… je préfère mener une vie qui s’en éloigne.

Alors que je déverse encore ma rage contre la bêtise qui entache la grandeur humaine, nous croisons une bande de jeunes rassemblés autour d’une guitare. Nous nous y joignons et très vite une d’entre eux me prend par la main pour m’entraîner à danser au milieu du cercle. Lorsqu’ils se retrouvent tous préoccupés par une petite querelle, Marlène s’empare de la guitare pour me faire danser pieds nus devant la cathédrale de Séville.

 

 

Romane

Publié le 25-02-2014