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Guide pratique du tourisme équestre en Alsace

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Carte des circuits de randonnée équestre en Alsace:

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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°34

du 10 au 17 janvier 2014

-     Vendredi 10 janvier

Nous quittons Campo Maior en traversant la rivière que Paolo nous avait défié de traverser alors qu’elle était en crue. L’eau est encore bien haute et le courant relativement fort les chevaux en ont jusqu’au ventre. Ce sont des sensations fortes !! Romane et moi sommes euphoriques une fois passées de l’autre côté. Nous revenons à l’Est sur le même chemin que nous avions emprunté pour venir pendant quelques kilomètres avant de tourner à droite pour rejoindre Merida et la Via de la Plata qui nous amènera jusqu’à Séville. Ces chemins de Saint Jacques nous aurons décidément bien aidés.

La journée se déroule comme un mirage : nous avons pris un rythme nocturne ces derniers temps avec les amis, aussi le jour est-il perçu à travers une brume somnolente. Vers 16h, Romane manque de tomber en s’endormant sur Uma ! Quant à moi, je me maintiens éveillée par des scats délurés (Tchoups, bap, douwap, schap !) nous sommes heureuses de continuer ensemble ce voyage. Maintenant que je vais mieux nous allons vraiment pouvoir nous découvrir.

Nous installons le bivouac tôt sur un champ de foot abandonné. Il est entièrement entouré de murs et les chevaux vont pouvoir pâturer libres cette nuit. De l’autre côté du mur, quatre chevaux sont attachés en longue corde. On vient nous saluer et deux hommes nous apportent une palette pour boucher le seul espace ouvert par lequel nos poilus pourraient s’échapper. Ils font ça tout naturellement et avec le sourire, ce que la gentillesse est agréable. Je suis touchée par cette belle attitude.

 

-     Samedi 11 janvier

 

Le chemin jusqu’à Merida s’avère très simple : il nous suffit de longer un canal par une piste goudronnée. Bien que la brume épaisse du petit matin présage autre chose, il fait très beau aujourd’hui. Nous marchons en botte à botte papotant comme deux copines sur la terrasse d’un bar. Ce sont des commérages futiles et simples qui font du bien !

Un petit coin d’herbe nous accueille pour la pause midi, ce n’est qu’une fois le pique-nique terminé et les chevaux bâtés que des tâches de sang sur le bitume attirent notre attention. Qui donc ? FENNEC ! Fennec a les quatre pattes en sang !!! Des gémissements se font entendre, Petit Loup l’air misérable est coincé dans le canal ! Le rebord en béton est trop raide et il ne peut remonter. Fennec l’acharnée se sera ouvert les griffes pour sortir du bain forcé. Romane descend en rappel ramener Hari au sec puis nous soignons Fennec qui tremble de tout son corps de peur qu’on lui fasse mal. On lui met des bandages pour éviter que le sang coule partout et je la prends avec moi sur Pequeno. Une fois de plus dans ce voyage voici Fennec cavalière ! Cette fois-ci elle se débat en tous sens sans trouver de position qui lui convienne et au bout d’une heure à bout de patience, je la remets à terre.

Nous arrivons bientôt à un village où cinq chevaux sont attachés en longue corde sur un grand terrain qui appartient à la mairie. Nous y mettons nos chevaux, Paolo nous rejoint pour nous ramener une corde que nous avions oubliée. Après une auscultation minutieuse du dos de Philou nous concluons que sa selle est définitivement trop plate. Il faut en changer. Paolo a une idée, il me promet une selle pour le lendemain ! Cet homme est stupéfiant d’efficacité et de bonté. J’en suis toute émue.

Les cavaliers du village sont aimables et très curieux de notre aventure, ils viennent bavarder avec nous, Paolo les invite au bar où nous buvons un coup tous ensemble. Entre temps Romane a perdu son super couteau de randonneuse. L’un d’entre eux va chez lui et revient avec un petit couteau qui, certes a moins la classe mais coupe mieux ! Encore une fois, ce que les gens sont gentils. On nous demande vingt fois s’il nous manque rien. Le même homme passe la soirée avec nous près du feu. Bien qu’étant militaire de profession, il nous dit éprouver beaucoup de peine à nous cuisiner sur les braises ! Drôle de paradoxe.

 

-     Dimanche 12 janvier

 

Nous repartons en suivant une voie ferrée par une piste de sable. Le paysage est triste et moche, ce sont de grands champs de culture intensive. Romane lit le nouveau testament et j’apprends par cœur des paroles de Kenny Arkana. Cela correspond exactement avec ce que je peux observer autour de moi aujourd’hui : des sols exploités sans respect dont la richesse se meurt par une utilisation inappropriée… « Petit Homme lève la tête, ta planète agonise, si nos êtres se meurent c’est par manque d’Harmonie ! »

Heureusement la voix de Jésus à travers les siècles est encore là pour nous guider ! Éclairées par la foi bahaïe qui porte sur les messages de la bible un regard renouvelé nous tentons de discerner au mieux ce qui appartient aux fabulations de l’époque de ce qui peut encore s’appliquer aujourd’hui. C’est une réflexion qui nous passionne, d’autant plus que Romane comme moi sentons une force supérieure qui nous guide et nous nourrit. Bien que ce terme nous ait longtemps paru inadéquat, pourquoi ne pas essayer de l’appeler « Dieu » et rechercher sa trace dans les livres sacrés ?

A l’approche d’une petite ville, une Balucada bat son plein ! je sens mon cœur qui s’échauffe… ! au bivouac les tambours m’appellent, je peine à contenir mon excitation. Ces rythmes me mettent hors de moi… je meurs d’envie de rejoindre la fête mais pour l’instant il s’agit de décharger les chevaux, installer le campement et les attacher en longue corde. Malgré l’extrême gentillesse de Romane qui me propose de rester auprès des affaires pendant que je vais m’amuser, je sais que Paolo va bientôt arriver (avec la selle) et je ne peux m’absenter. C’est une rude épreuve pour moi, je travaille mon sens des priorités…

Paolo arrive effectivement alors que nous préparons le repas. Il me prête une de ses selles qui convient bien au dos de Philou ! je suis extrêmement reconnaissante. Je la lui rapporterai l’an prochain, quand je viendrai rendre visite à Romane à Campo Maior.

 

-     Lundi 13 janvier

 

Nous longeons à nouveau le canal sur une petite route peu fréquentée, étrangement il fait très froid (nous avons deux couches de pulls sous les manteaux !) malgré les éclaircies. Des eucalyptus à la belle teinte bleue cava puce et aux feuilles effilées comme des plumes accompagnent nos divagations. Je me sens bien, remplie autour d’une bonne salade de quinoa Romane et moi réalisons une fois de plus la chance de s’être trouvées. On se le dit yeux dans les yeux on se répète qu’on tient l’une à l’autre et qu’on sera toujours amies dans dix ans, on s’émeut beaucoup et on se prend la main. Oui, on est bisounours mais on s’en fout on est tellement BIEN.

Peu après que nous ayons repris la route, une voiture noire s’arrête devant nous. Un homme richement vêtu aux cheveux gominés en descend. Il nous aborde avec sympathie et nous propose de faire halte à son écurie que nous venons de dépasser. Bien qu’il soit encore tôt, on ne refuse pas une invitation. Le but de notre voyage n’étant pas de parcourir des kilomètres mais bien de répandre l’enthousiasme parmi nos confrères humains !

Miguel nous présente fièrement ses chevaux de pure race espagnole avant de nous indiquer deux grandes stalles où les nôtres pourront passer la nuit. Il nous invite à dormir dans un appartement qu’il a dans le village voisin, puis s’en va. Je fais une sieste et pare Pequeno pendant que Romane part sen stop à Merida faire quelques emplettes.

Marlène

 

Alors que je m’apprête à faire demi-tour constatant que la route est trop peu fréquentée, l’unique voiture qui passe s’arrête. L’homme propose de me déposer à Mérida bien que ce n’est pas sa destination. Il est cavalier et participe à des compétitions de dressage classique. Il est fasciné par notre aventure mais surtout préoccupé par mon jeune âge, il m’identifie à sa propre fille et me demande de prendre un bus pour le retour, me laisse son numéro au cas où et hésite même à m’attendre en ville. Il est grand, fort, un cinquantenaire à la carrure d’ours qui n’a pas besoin de sourire pour dévoiler son immense tendresse. D’un regard trop confiant je le rassure, j’ai encore trop tendance à me sentir indestructible…

La nuit tombe déjà lorsque je me dirige vers la route pour lever le pouce. J’attends plus d’une heure à un croisement, chantant comme une folle, implorant je ne sais quoi pour rejoindre au plus vite ma petite famille. Comme le temps passe j’entreprends de marcher les 12km… merci la vie de corriger mes prétentions car à présent je me rappelle que je suis vulnérable. Eloignée de la ville je contemple la façade rocheuse qui borde la route, celle-ci est éclairée par la pleine lune et j’y perçois toutes sortes de visages. Ils ont tous des expressions différentes qui m’apparaissent avec une réalité troublante, je ressens la présence de la roche, elle m’observe mais je n’ai pas peur. L’instant est magique.

J’arrête ensuite une voiture à l’aide de grands gestes et demande à son conducteur de me ramener à l’écurie. Etonné par mon audace il m’y conduit bien qu’il ne comptait pas s’y rendre.

 

Romane

 

Ce soir-là, seul avec nos chevaux je fais plus ample connaissance avec Uma. Jusque-là j’avais une très mauvaise opinion d’elle : je ne voyais que son sale caractère d’ado et ses oreilles toujours baissées en arrière. Cette fois-ci elle est venue vers moi gentiment et nous nous sommes saluées amicalement. Je l’ai trouvé mignonne avec son poil d’hiver qui l’a fait ressembler à une grosse peluche !

Diego, le fils de Miguel est arrivé et je l’ai aidé à rentrer les espagnols dans leurs boxes et à les nourrir. J’ai eu l’impression d’avoir affaire à d’autres animaux ! Une espèce sauvage nerveuse, inconnue que l’on fait bouger en l’apeurant avec un stick ! Diego avait une relation complètement dénuée d’affect avec eux. Je suis allée caresser l’un d’entre eux comme si j’étais au zoo face à une espèce étrangère.

J’allais commencer à m’inquiéter quand à 21h Romane est revenue de son expédition. Nous grimpons toutes deux dans la fourgonnette de Diego qui nous amène au dit appartement, laissant nos fidèles toutous à l’écurie. Nous avons invité notre hôte à manger dans le bar du village, il nous a dit dîner pour la première fois ainsi avec des inconnues ! Il avait l’air très content. Nous n’avons pas regretté de nous être arrêtées d’autant que nous avons beaucoup ri : Diego est un personnage exubérant, très névrosé, maniaque, drôle à en pleurer !!! Romane et moi avons fini la nuit à nous doucher à l’eau froide mais en musique dans la baignoire « à présent nous avons un MP4 et des mini baffles ! » et à nous faire des massages dans une superbe suite quatre étoiles.

 

-     Mardi 14 janvier

 

Miguel nous invite à petit-déjeuner dans sa maison, c’est une luxueuse demeure décorée avec goût.

Diego fait contraste au milieu de cette famille adorable où semble régner une parfaite harmonie : la madre nous prépare le café, la fille se prépare à son mariage, le premier fils et sa femme se regardent tendrement pendant que leur enfant allongé sur le canapé savoure les dessins-animés du matin. Nous sommes au cœur du cliché espagnol, la belle-fille s’assoit avec nous pour discuter. Son regard est plein de bonté et elle nous témoigne une grande curiosité, pourquoi faire cela ? Est-ce qu’on n’a pas envie de travailler ? Comment peut-on supporter de se laver à l’eau froide ?? Après avoir trouvé réponse à ses questions, elle nous parle de ce vide que rien ne peut combler : rien, hormis…

La jeune femme cristallise nos réflexions sur la Force Supérieure par un discours bien catholique qui parait appris par cœur mais avec une telle foi, un tel engouement que j’en suis réjouie. Nous quittons ce bel havre d’amour avec émotion. L’après-midi nous marchons le long d’un large fleuve par un petit sentier. C’est très agréable, seulement ces derniers temps je suis replongée dans mes souvenirs que je redécouvre après ma dépression alors je papote, je papote tant et si bien que je me déconnecte complètement de mon cheval. Et Pequeno de tirer brutalement pour brouter et m’embarquer où bon lui semble. Je perds vite patience et le combat est désagréable, j’ai hâte de savoir mieux communiquer avec lui.

Peu après Merida, un beau pré vert fleuri nous accueille pour un merveilleux bivouac. Nous sommes à côté d’une ferme où un joli troupeau de chèvres nous observe ! Et de nouveau au loin, des tambours retentissent UNE BATUGA !!! Cette fois c’est trop, on y va. Malheureusement le temps d’installer la tente et de courir jusqu’à la ville, la fête s’est arrêtée. On croise un petit groupe de personnes qui nous expliquent qu’il n’y a pas de fête, ils répètent juste pour le carnaval. Un peu déçues nous continuons notre promenade jusqu’au centre-ville puisqu’on est là et nous asseyons près du vieil aqueduc romain en discutant tranquillement. C’est une belle soirée. En se glissant dans nos sacs nous réalisons avoir marché 10km en plus rien que pour le fun ! Quand on aime, on ne compte pas.

 

-     Mercredi 15 janvier

 

Nous voici sur le chemin de Saint Jacques. A nouveau ces petites coquilles jaunes nous accompagnent ! bien qu’en raison de la saison et du lieu qu’il soit peu fréquenté, nous rencontrons un pèlerin italien à midi. Il s’assoit un peu avec nous, Samuel voyage avec une valise tractée sur roue, qu’il appelle Thérésina ! C’est un artiste en quête d’aventure. La sympathie est immédiate malheureusement il marche vers le Nord quand nous allons à Séville. Nous espérons nous revoir en mai, lorsque de Saint Jacques nous retournerons en France. Nous discutons pépère lorsqu’un train passe en grand bruit (nous étions au bord d’une voie ferrée). Les chevaux s’effraient et fuient au grand galop ! Djam et Pequeno heureusement étaient attachés. Comme quoi on n’est jamais à l’abri d’un imprévu. Samuel nous prévient que sur les 27km qui suivent le prochain village ce ne sont que cultures de vignes et d’oliviers. Aussi nous faisons halte à 15h à Torremejilla sur un petit bout de friche.

 

-     Jeudi 16 janvier

 

Le paysage est monotone et nous discutons toujours en botte à botte. Romane me dit aussi avoir ressenti deux premières phases dans son voyage : d’abord un détachement complet de tout ce qu’elle quitte pour y porter dans second temps un regard plus neutre et objectif. Je suis donc dans une période où je repasse en revue tout mon vécu avec discernement. C’est intéressant de constater comme ce processus opère avec chacun. Entre-temps nous nous perdons et tentons de marcher à travers la vigne pour récupérer notre chemin. Une rivière au creux d’un grand fossé nous en sépare et nous sommes forcées de la longer dans la boue jusqu’à la ville… c’est très fatigant. Voilà où on en arrive à trop parler sans faire attention au chemin !

Un champ sur brouté à l’entrée de Villa Franca nous laisse penser qu’il va être difficile de faire manger nos chevaux cette nuit. Nous tentons d’aller demander de l’aide à la Mairie. Sur le trottoir un petit vieux nous interpelle. Il dit qu’il y a de ça des années, des cavaliers en voyage avaient demandé asile au collège jésuite de la rue d’à côté et qu’ils les avaient aidé. Un collège ? L’idée est étrange mais pourquoi pas. Le bâtiment en question est époustouflant, gigantesque et superbe. Je me fais remballer tout de suite par le « groom » qui ne veut rien entendre : « c’est un collège ici ! Les chevaux dehors ! » Bien, bien ! Je fais demi-tour avec mes huit sabots, et vois Romane discuter joyeusement avec une femme enjouée, celle-ci est toute feu toute flamme et veut absolument nous aider ! Elle contacte un ami et nous trouve un plan… un père de famille nous propose de suivre sa voiture jusqu’à l’endroit en question. Le contraste est saisissant entre le rejet du groom froid et désagréable et le groupe de parents trop mignons !

En pleine ville un homme en tenue d’équitation sorti de nulle part ouvre une grande porte et POUF ! Comme sortie d’un conte de fée, une écurie apparaît. L’improbable surgit ; Manuel nous accueille avec une grande bonté. Il nous amène foin et grain sans attendre et avec le sourire ! De quoi tomber folle amoureuse de la race humaine. Dans mon duvet, en attendant que Romane vienne se coucher j’admire un tableau de Doma Vaquera « le tri du bétail à cheval tout un art » accroché au mur en écoutant du flamenco. J’ai de nouveau ce sentiment de toucher à la moelle de l’Espagne et j’adore ça, ce pays est d’une grande richesse.

 

-     Vendredi 17 janvier

 

Le réveil me réveille en plein cauchemar... j’étais avec des amis, nous avions les yeux bandés et bien que nous le voulions nous ne pouvions communiquer. Ma dépression me poursuit dans la nuit…

Ce matin je suis de mauvaise humeur et il fait très froid, il vente et il pleuviote pourtant l’adorable Manuel nous accompagne avec son bel hispano-arabe Impulso, afin de nous indiquer un raccourci qui nous évitera de marcher au bord de l’autoroute. J’avais fait la bêtise de ranger mon manteau car il faisait meilleur dans l’écurie et j’ai attendu trop longtemps « jusqu’à pleurer de douleur » avant de crier qu’il fallait s’arrêter pour que je me couvre. Règle n°1 en voyage : ne pas laisser l’inconfort s’installer !

Manuel nous quitte lorsque nous retrouvons le chemin de Saint Jacques, entre temps le paysage est plus vallonné et de nouveau source d’intérêt et d’émerveillement. J’ai plus chaud et suis de bonne humeur. Nous déjeunons avec une bouteille de pinard qu’on nous a offert hier sur le chemin. Malgré les intempéries quelle joie ! Les douleurs sont facilement supportables puisqu’elles sont au service d’un grand Bonheur. Nous goûtons à des figues de barbarie qui longent le chemin. Aïe ! Qu’est-ce que c’est que ce fruit piégé ? Une multitude de mini épines s’attaquent et s’accrochent à nos lèvres et doigts ! Et l’intérieur bien que sucré est truffé de pépins. Beurk

Ce soir à Zafra nous campons sur un terrain en friche au milieu de la ville ! Au moment même où j’écris une portière de voiture claque tout près de la tente.

 

Marlène

 

Niveau intimité ce n’est pas terrible mais nous n’allons pas refuser l’aimable proposition de la police qui nous rappelle à plusieurs reprises qu’en cas de problème on peut compter sur eux !

Pendant que Marlène rédige le journal, je vais faire le plein au supermarché. S’épanouissant loin de ce monde de la surproduction et de la surconsommation, nous en oublions presque l’ampleur. Une quantité de produits me semblent superflus et le système dans son ensemble me semble déconnecté du monde réel. Non une salade n’a pas sa place dans un emballage plastique, j’éprouve un profond dégoût à participer à cette aberration. Je déambule entre les rayons et ma détresse devient croissante, je ne prends conscience de rien du tout puisque j’ai déjà creusé toutes ces idées qui me traversent l’esprit… c’est que soudain le choc est violent, comment une civilisation toute entière peut-elle bafouer ainsi la vie ? Avec mes vêtements tâchés de boue et mon visage rougit par le chauffage je me sens parasite dans cette illusion collective.

Quand je serre Marlène dans mes bras, de retour au campement j’ai les yeux plein de larmes et le moral dans les chaussettes.

 

Romane

 

Publié le 06-02-2014